Sixième partie — le complément. Les cinq premières parties ont suivi Splink, l’outil open source d’appariement d’enregistrements du gouvernement britannique. Celle-ci répond à la question évidente : où se situe Palantir ? Construite à partir de contrats publics, de pièces de procédure et de travaux journalistiques ; chaque lien classé par niveaux selon son degré réel de proximité.
↗ Lire l’analyse maîtresse complète des 8 vecteurs (GitHub)
La thèse honnête
Palantir ne fait pas tourner Splink. Il n’existe entre eux aucun lien technique, contractuel ou de flux de données documenté — j’ai cherché, et je vous le dis clairement, parce que la simple flèche tracée de l’un vers l’autre serait la ligne qui discréditerait tout ce qui est vrai à côté. Ce sont des choses de nature différente : Splink est un algorithme (une bibliothèque Python open source, construite par le MoJ, sans écoute réseau) ; Palantir Foundry et Gotham sont des plateformes opérationnelles propriétaires et hébergées qui ingèrent des données en direct, les fusionnent et agissent à partir d’elles.
L’affirmation défendable est plus tranchante que « ils sont liés », et plus difficile à écarter : Palantir est la couche opérationnelle propriétaire, de propriété américaine, installée dans les mêmes ministères et sous contrat sur les mêmes jeux de données de citoyens que Splink apparie statistiquement — et Palantir est précisément là où aboutit le glissement « statistiques → opérations ». Splink vous compte. Palantir agit sur vous. Deux voies parallèles d’un même État interconnecté, sur une même population, sans aucun fil entre elles — et elles n’en ont pas besoin.
L’unique lien direct
Le lien documenté le plus solide entre Palantir et un ministère est le contrat frontières & douanes du Cabinet Office — ~£27m, attribué en août 2020 sans mise en concurrence, sur Palantir Foundry, pour un « suivi fondé sur le risque des mouvements de marchandises et de personnes à la frontière britannique ». Il a été facilité par une mise en relation de juillet 2019 due à l’ancien chef du MI6, Sir John Sawers. Partout ailleurs, Palantir et Splink sont présents dans le même organisme mais tournent sur des outils entièrement distincts — le NHS, le MoD, le ministère de la Justice.
La carte, ministère par ministère
• NHS England — le recoupement le plus fort. La Federated Data Platform de Palantir (jusqu’à £330m, 2023, Foundry) fait tourner des soins directs opérationnels — listes d’attente, lits, sorties d’hôpital — tandis qu’un Data Linkage Hub distinct, fondé sur Splink, réalise l’appariement statistique. Même organisme, aucun pipeline commun. La FDP contourne l’opt-out national sur les données en se qualifiant elle-même de “soins directs”, de sorte que les patients ne peuvent pas s’y soustraire — le miroir exact du constat d’absence de consentement pour Splink.
• Ministère de la Défense — Palantir Foundry comme “data fabric” du MoD (£75m en 2022 ; une prolongation de £240.6m en décembre 2025, attribuée sans mise en concurrence ; un partenariat de £750m assorti d’un investissement de £1.5bn en 2025), aux côtés de l’appariement Splink, réalisé par l’ONS, des dossiers de militaires quittant le service et d’anciens combattants avec le recensement. Coexistence, aucun pipeline commun.
• MoJ / HMPPS — là où Splink est le plus opérationnel (Core Person Record, le flux quotidien PNC→police du North Essex). Palantir n’a aucun contrat avec le MoJ — seulement une proposition commerciale de 2024 portant sur la notation du risque de récidive. Un négatif assumé.
• La police britannique — la fusion de données en temps réel ‘Nectar’ de Palantir (Bedfordshire/Herts/Cambs), la délivrance nationale des permis d’armes à feu (~£9m) ; un contrat d’environ £50m avec la Met a été bloqué. Le lien avec le flux PNC→police du MoJ est thématique, ce n’est pas un système partagé documenté.
• ONS — le témoin négatif net : l’Integrated Data Service de l’ONS tourne sur Google Cloud / BigQuery, pas sur Palantir. Splink oui ; Palantir non.
Ce qui devrait vous inquiéter le plus : à qui cela appartient
Splink est le code propre de l’État britannique. Palantir est une entreprise américaine de sécurité nationale — des origines chez In-Q-Tel (CIA), un contrôle des droits de vote des fondateurs verrouillé près de 50% dans un trust Thiel–Karp, un président du conseil qui est un gros donateur de Trump, un contrat d’expulsion en cours avec l’ICE américaine — désormais en position de détenir des données britanniques intégrées de santé (NHS), de défense, de frontières et de police. Deux ingénieurs du MoD ont mis en garde, en février 2026, contre l’“effet mosaïque” : agrégez-en assez chez un seul prestataire privé et vous pouvez profiler toute la population. Les ministres offrent une souveraineté contractuelle ; ce n’est pas un contrôle constitutionnel. En juin 2026, la commission Science, Innovation and Technology des Communes a demandé que le contrat du NHS soit résilié.
Ce que je n’affirmerai pas
Aucun pipeline Splink↔Palantir (il n’en existe pas). Aucun contrat du Home Office britannique pour l’exécution des mesures d’immigration (l’outil d’expulsion, ImmigrationOS, relève de l’ICE américaine, pas du Royaume-Uni). Aucun flux prouvé de données de patients NHS→police (un risque signalé par des militants, pas une réalité opérationnelle). L’ONS n’est pas client de Palantir. Chacun de ces points a été recherché, puis écarté. Le constat qu’on ne peut écarter tient sans eux : un seul gouvernement, une seule population, deux couches interconnectées — l’une open source et qui compte, l’autre détenue par les États-Unis et qui agit — et le public n’a été consulté sur ni l’une ni l’autre.
Méthode : 8 vecteurs de connexion, chacun documenté puis soumis à une passe de vérification contradictoire (avec pour consigne de plaider comme un avocat de Palantir) ; les corrections du vérificateur et les déclassements de niveau appliqués strictement. Analyse complète vecteur par vecteur, montants des contrats, citations et liste des points à ne pas surinterpréter : analyse principale sur GitHub.